Tel était le thème du dîner annuel d’EPE 2026, organisé à la Maison de l’Amérique latine. Une soirée riche en échanges, consacrée à la manière dont entreprises, chercheurs et décideurs peuvent agir et se projeter dans un monde marqué par l’incertitude, les transitions écologiques et les tensions géopolitiques.

Pour les membres d’EPE et leur présidente, Estelle Brachlianoff, l’enjeu est clair : aller plus vite et plus loin pour fabriquer des solu­tions concrètes dans un monde qui en a de plus en plus besoin. Les entreprises poursuivent leur engagement dans la transition éco­logique et apprennent à évoluer dans un environnement devenu profondément fluctuant.

Transition écologique : un enjeu collectif et stratégique 

François Gemenne, chercheur en sciences politiques et co-rédacteur du 6e rapport du GIEC, a rappelé que la transition écologique re­pose avant tout sur une dynamique collective. Dans un monde devenu moins prévisible, l’inaction n’est plus une option : l’enga­gement coordonné des acteurs permet à la fois de réduire les vulnérabilités géopolitiques et de renforcer la compétitivité future des entreprises.
Selon lui, certains pays ont d’ores et déjà intégré cette réalité stratégique. La maîtrise d’une production d’électricité à faible empreinte carbone s’impose comme un déterminant central de puissance économique et géopolitique au XXIe siècle. La transition apparaît ainsi comme un enjeu à la fois énergétique, industriel et stratégique.

François Gemenne souligne également que l’action, qu’elle soit individuelle, économique ou publique, est souvent déclenchée par des intérêts immédiats. Or, le discours national sur la transition demeure fréquemment associé à des efforts, des renoncements et des coûts supplémentaires. Il devient donc essentiel de rappro­cher les enjeux globaux des réalités locales et de montrer concrè­tement en quoi la transition peut améliorer les conditions de vie et renforcer les territoires.

Il insiste enfin sur la nécessité de soutenir des secteurs stratégiques – batteries électriques, recyclage, mobilité, logement, industrie – afin d’éviter de nouvelles dépendances. Dans ce contexte, la RSE doit être considérée comme un atout stratégique, et la voix des entre­prises davantage intégrée aux choix structurants pour l’Europe.

Passer de la performance à la robustesse 

Olivier Hamant, biologiste, biophysicien et directeur de l’Institut Michel Serres, propose un changement de regard complémen­taire. Pour lui, la RSE renvoie à la notion de robustesse socio­écologique. Les systèmes vivants ne sont pas durables parce qu’ils sont optimisés, mais parce qu’ils restent viables malgré les fluctuations et les chocs.

Dans un monde marqué par des pénuries chroniques et une forte variabilité, la recherche exclusive de performance atteint ses limites, car elle suppose un environnement stable et abondant.

La robustesse, à l’inverse, repose sur la diversité des interactions, un ancrage territorial fort et une relation renouvelée au vivant. Olivier Hamant décrit ainsi un basculement vers une culture de la variabilité et de l’adaptabilité, plus à même de répondre à l’incertitude.

Cette approche transforme également le rôle des investisseurs, appelés à intégrer davantage la gestion du risque et de la rési­lience dans leurs décisions. L’enjeu n’est plus seulement d’accé­lérer, mais de créer les conditions nécessaires à la sobriété et à la capacité d’absorption des chocs.

Avec une image volontairement poétique, Olivier Hamant rappelle que vivre avec les fluctuations, c’est accepter une part de vulnéra­bilité, inhérente au vivant. La robustesse n’est ni un renoncement ni un frein, mais une voie plus lucide et durable pour préparer l’avenir.

Réenchanter notre responsabilité collective 

Enfin, le conférencier et poète Vincent Avanzi a invité l’auditoire à concevoir la RSE comme une révolution sociétale à la fois enga­gée et porteuse de sens. Il appelle chacun à assumer une respon­sabilité élargie à l’égard du vivant et à contribuer à un réenchan­tement collectif.

Au fil des échanges, une conviction s’est imposée : face aux fluc­tuations, la coopération entre acteurs économiques, scientifiques et publics constitue un levier essentiel pour construire des trajectoires soutenables et durables dans le temps. Ainsi, au-delà des constats, ce dîner a mis en lumière la nécessité de penser ensemble stratégie économique, responsabilité sociétale et capacité d’adaptation. Il rappelle que, dans un monde instable, la cohérence dans la durée constitue un facteur clé de crédibilité et d’efficacité pour l’ensemble des acteurs. Cette exigence sup­pose un dialogue renforcé et une action coordonnée à tous les niveaux.