Dans un monde en perte de repères face aux enjeux de durabilité, à la dérégulation, au trumpisme, quelles sont les dynamiques à l’œuvre que vous analysez chez ERM ?

ERM est le plus large cabinet de conseil international spécialisé en développement durable. Forts de 8 000 experts, nous accompagnons nos clients dans la résolution des défis cruciaux liés à la transition vers une économie bas-carbone, respectueuse de l’environnement, en les aidant à gérer l’ensemble de leurs enjeux ESG. Notre soutien s’étend à chaque étape de leur démarche de développement durable que nous approchons comme un enjeu de transformation systémique, soutenue par le moteur régulatoire ou leur stratégie. Notre obsession est la mise en œuvre opérationnelle.

L’année 2025 a été à bien des égards une année de crise pour les professionnels du développement durable. Paradoxalement, nous observons que pour la très grande majorité de nos clients, l’objectif de long terme reste inchangé : une adaptation systémique aux exigences du développement durable, notamment afin de préserver leur droit à exercer, accroître la résilience ou la compétitivité de leurs activités. Et bien que cette trajectoire de transformation ne soit pas linéaire, il n’en demeure pas moins que la tendance reste positive : nos clients passent de la définition de leur ambition à l’implémentation concrète d’actions de transition, du principe de reporting à la logique de création de valeur. Ils agissent en particulier sur la mise en œuvre de la décarbonation, via des investissements sur l’efficacité énergétique, des contrats d’énergie renouvelable long terme, l’électrification de leurs activités, ou encore les sustainable fuels ; mais également sur leurs enjeux de résilience, en prenant en compte l’assurabilité de leurs actifs, la résilience physique, les enjeux de la continuité de leur activité et la robustesse de la chaîne de valeur.

Pour les entreprises, plus que jamais, la difficulté est de combiner des enjeux court terme de rentabilité et des enjeux long terme de résilience et durabilité de leur activité. Cela nécessite bien plus qu’un simple changement de technologie. Et le contexte actuel, marqué par une régionalisation du monde, avec des rythmes et des approches différents, accentue la difficulté de choisir comment orienter les investissements vers les sujets de transition les plus fondamentaux. La destination n’a pas changé, mais la trajectoire du voyage, oui.

Sur cette question de la régionalisation des enjeux de durabilité, observez-vous des dynamiques très contrastées d’une région du monde à l’autre ?

En effet, les dynamiques ne sont pas les mêmes. La Chine se positionne désormais en leader incontesté sur les technologies vertes. La transition est porteuse de business stratégiques exportateurs : renouvelables, batteries, véhicules électriques, etc. La bonne nouvelle est que le futur d’une part importante de son économie exportatrice repose sur la capacité du reste du monde à faire sa transition. Sur son marché intérieur, les énergies propres sont en forte expansion. La part du charbon est désormais à 51 % (niveau historiquement bas) et les renouvelables représentent 60 % de la capacité installée. Sur le 1ersemestre 2025, la Chine représentait 60 % des ajouts mondiaux de capacité de renouvelables. Aux États-Unis, l’écart entre le dire et le faire s’est agrandi. Et, comme souvent, le contexte est plus subtil qu’il n’y paraît du fait de la complexité liée à la diversité des 50 États. Le sujet est très concentré sur la question de l’énergie et des data centers, dont les besoins en énergie électrique ont explosé ces dernières années, créant un risque de saturation des réseaux existants et de conflit des usages de l’énergie. Le débat est désormais concentré sur les small modular reactors (SMR), qui offrent une production continue et décarbonée d’électricité d’origine nucléaire, jugée idéale pour des sites à forte demande. Nous travaillons à cartographier les politiques État par État pour anticiper contraintes et opportunités, évaluer l’impact des data centers sur les réseaux, proposer des solutions bas-carbone pour leur alimentation en énergie, accompagner la co-localisation ENR via des études de faisabilité pour des clients de la tech ou encore analyser les risques/opportunités liés aux SMR.

Et au Moyen-Orient, quelles sont les grandes tendances que vous observez chez vos clients ?

Au Moyen-Orient, on observe une évolution extrêmement rapide sous l’impulsion des Émirats Arabes Unis et de l’Arabie Saoudite. Les enjeux de diversification économique et d’attraction de capitaux étrangers conduisent à intégrer les enjeux environnementaux et sociaux au cœur du développement des mégaprojets d’infrastructures : renouvelables à grande échelle, hydrogène vert, nouveaux développements urbains, etc. ERM accompagne ces grands projets notamment sur les phases de due diligence, d’études d’impact environnemental et social. Malgré le désordre mondial et la volatilité qu’il génère, nous allons globalement vers un système plus transparent et en progrès sur les questions de la durabilité. Dans cette nouvelle phase de la grande transformation qui est en jeu, les entreprises se recentrent sur le faire plutôt que le dire. Les projets ne sont exécutés que s’ils sont accompagnés d’un business case clair de création de valeur. On peut le déplorer ou au contraire s’en féliciter. Les rôles sont éclaircis, le régulateur peut mieux discerner les prochaines frontières à faire bouger, les innovateurs se concentrer sur les prochaines bascules. La transition continuera à avoir lieu et il nous appartient de naviguer une trajectoire de transformation qui est tout sauf rectiligne.

Source : La Lettre d’EPE n° 79